Ille-et-Vilaine

Mon terrain de jeu, c’était le sud de la Mayenne, n’a jamais eu son inventaire minéralogique. C’est donc sur les départements bretons que je me suis replié. Ce tome 13 de la série (l’avant-dernier ?) est le premier que j’ai eu en ma possession, avec celui du Morbihan et celui du Finistère. Il vient clôturer l’aventure armoricaine de l’Inventaire minéralogique de la France (lire L’aventure de l’inventaire pour en apprendre davantage sur l’Inventaire minéralogique de la France).

À noter que cet inventaire est le seul à contenir des (deux) illustrations en couleur (siouplé !) pour deux indices (les minières du Fretay et de la Boulay, sur la zone du Teillay).


Auteurs :

François Pillard : Service Géologique National, B.R.G.M., Orléans.
Louis Chauris : Laboratoire de géologie de l’Université de Bretagne occidentale, Brest.
Claude Laforêt
 : Service géologique national, B.R.G.M. Orléans.

Avec la collaboration de :

Jean Guigues, Yves Lulzac, Bernard Mulot[1]Au sujet de Bernard Mulot, lire Le Règne Minéral 154 de juillet/août 2020 : Direction des Recherches Minières, Nantes.
Paul Picot, Anne-Marie Gallas, D. Guéant : Service Géologique National, B.R.G.M., Orléans.
Jean-Louis Travers : Laboratoire de géologie de l’université de Bretagne, Brest.

Parution :
Maison d’édition : Edtions du BRGM
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Extrait :

Avant-propos de Louis Chauris du 31 mai 1984 :

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Avec le volume « Ille-et-Vilaine » paraît le quatrième inventaire départemental consacré à la minéralogie du Massif armoricain. Comparé au travail publié en 1980 sur le département voisin du Morbihan (316 pages, plus de 200 espèces minérales inventoriées), le présent fascicule semblera relativement peu important. On verra plus loin, dans l’Esquisse géologique, que les raisons de cette « pauvreté » sont dues, en grande partie, à l’absence presque totale (le granite du Pertre mis à part ?), des leucogranites hercyniens, porteurs, plus à l’ouest, de nombreuses occurrences béryllifères, stannifères, wolframifères et surtout uranifères (souvent riches en espèces). Par ailleurs, le liséré côtier — seule frange du Massif armoricain où les observations peuvent être presque continues — est ici relativement monotone, sous l’angle minéralogique, et en outre, d’extension assez réduite. La préparation de I'inventaire, entre 1980 et 1984, a toutefois peu à peu révélé que, malgré ce double « handicap », le département de l’Ille-et-Vilaine, qui, a priori, paraissait moins attrayant que ses voisins occidentaux, possède, en fait, de riches associations paragénétiques, même si elles sont encore relativement peu nombreuses. Et l’un des buts de ce travail, en faisant le point des connaissances, est d’inciter à de nouvelles prospections.

Quelques chercheurs, le plus souvent isolés, s’étaient, longtemps avant nous, penchés sur la minéralogie de cette région. Dès 1835, Toulmouche tentait un « essai d’une description géologique et minéralogique du département d’Ille-et-Vilaine ». Au tournant du siècle, L. DAVY, ingénieur civil des Mines (qui avait redécouvert le grand district stannifère d’Abbaretz-Nozay en « Loire-Inférieure »), s’intéressait beaucoup aux gisements ferrifères de Bretagne méridionale : nous lui devons de précieux renseignements consignés dans son mémoire de 1911. Dans la première partie du XXe siècle, F. KERFORNE signalait ses nombreuses observations sous forme de petites notes ou de mises au point, en particulier dans les irremplaçables bulletins de la Société Géologique et Minéralogique de Bretagne. Et c’est à sa mémoire qu’il nous plaît de dédier le présent inventaire. L’essentiel des connaissances alors acquises est répertorié dans les cinq volumes de la « Minéralogie de la France » de A. LACROIX où I’on relira avec intérêt l’étude détaillée consacrée par ce savant aux remarquables pseudomorphoses de pyrrhotite de Pontpéan. Les pegmatites des environs de Saint-Malo avaient attiré l’attention de R. ABRARD en 1923. Les minéraux lourds des arènes granitiques faisaient l’objet des investigations de L. BERTHOIS (1935), jouant ici le rôle de précurseur en la matière. Plus récemment, la localisation précise des anciennes minières était entreprise par B. MULOT qui complétait ainsi heureusement les travaux de L. DAVY, F. KERFORNE, L. PUZENAT (1939) et M. GOUIN (1966). En 1968, était soutenue la thèse de J.-J. CHAUVEL qui étudiait en détail la minéralisation ferrifère des environs de Bain-de-Bretagne, grâce aux sondages profonds entrepris par la Société des Mines de Saint-Pierremont. De précieux renseignements sur les minéraux d’altération météorique et les dépôts argileux sédimentaires du Tertiaire sont rassemblés dans les thèses de S. DURAND (1960) et de J. ESTEOULE-CHOUX (1970). Comme partout dans l’Ouest de la France, l’ouvrage de GUIGUES et DEVISMES (1969), consacré à la prospection minière à la batée dans le Massif armoricain, et les cartes à 1/50000 (inédites) qui lui servent de fondement, constituent un instrument de travail irremplaçable. C’est au cours de ces recherches alluvionnaires qu’a été mise en évidence pour la première fois en France la monazite grise à Europium des environs de Grand-Fougeray. Et toutes ces données minéralogiques avaient trouvé une base solide dans les levers géologiques établis par BARROIS et OEHLERT dans leurs belles cartes à 1/80000.

L’activité minière, à présent très réduite en Ille-et-Vilaine, a rendu, assez souvent, l’obtention et l’étude des échantillons quelque peu délicates. L’un des cas les plus représentatifs de ces difficultés concerne les minerais de fer de l’Ordovicien inférieur (district de Bain-de-Bretagne — sensu lato) et de l’Ordovicien supérieur (district de Renac). En règle générale, mis à part quelques sondages profonds, seuls sont disponibles ici les échantillons altérés de la zone superficielle (recueillis dans des minières abandonnées depuis longtemps ou en éboulis à leur proximité) qui ne peuvent donner qu’une idée très imparfaite, voire inexacte, des paragenèses primaires. La seule exploitation ferrifère actuelle se rapporte aux minerais de fer d’origine latéritique du district de Rougé (carrière du Fretay en 1983). La célèbre mine de Pontpéan, exploitée jusqu’en 1904, avait atteint alors la profondeur de 595 mètres. Au cours de son exploitation, elle avait fait l’objet de quelques études ; la dernière vue d’ensemble, synthétisant les publications antérieures, est due à L. de LAUNAY dans son Traité de Métallogénie (1913) ; les échantillons sont répandus dans les collections minéralogiques, mais les haldes sont en voie de disparition. La mine de La Touche a cessé toute activité en 1951, mais ici les haldes sont encore très importantes. Le dénoyage du puits de Beausoleil en La Chapelle-Saint-Melaine a permis de réaliser en 1966 un échantillonnage détaillé de ce filon plombo-zincifère. Quant à la mine de Montbelleux, elle fait l’objet de nouveaux travaux de recherche (et d’exploitation partielle) depuis 1978, grâce auxquels de nombreux prélèvements ont pu être réalisés.

Jusqu’à nos recherches, les études au microscope métallographique sur les gîtes d’Ille-et-Vilaine paraissent avoir été extrêmement réduites. Aussi doit-on citer ici deux intéressantes publications, la première due à H. VINCIENNE (1943) sur la découverte de minéraux nickélifères à Pontpéan, la seconde, sous la plume de J. GEFFROY et J. ROCHE, sur le gisement de Montbelleux (1949). Le présent inventaire, en incitant à la confection de nombreuses sections polies, a conduit à un très net enrichissement des données antérieures (Semnon, La Chapelle-Saint-Melaine, Pontpéan, etc.). Par la nature des choses, un inventaire ne peut être complet. Les limites à l’entreprise sont de deux ordres :

– les unes sont volontaires : un choix doit être effectué. Ainsi, dans ce volume, il n’a pas été possible de décrire toutes les occurrences de minerais de fer, du fait de la méconnaissance des gisements exploités dans un passé souvent reculé ou de la monotonie d’observations de surface trop ponctuelles. De même, il ne sera pas fait mention ici des innombrables indices de grès à rutile et zircon, découverts grâce aux méticuleuses prospections de B. MULOT dans le Grès armoricain des « synclinaux paléozoïques du sud de Rennes » ; ici, d’ailleurs, la nature même des occurrences s’apparente plus à la pétrographie sédimentaire qu’à la minéralogie. Et c’est un peu à regret, mais pour les mêmes raisons, qu’il ne sera pas non plus évoqué — sauf exception — les différents minéraux des granites : qu’il nous soit seulement permis de rappeler ici les célèbres exploitations de Lanhélin et de Louvigné-du-Désert dans le batholite mancellien, récemment étudié par M. JONIN (1981). De même, les beaux complexes métamorphiques de la région de Saint-Malo, si finement examinés par D. JEANNETTE (1972) seront, généralement, passés sous silence. Par ailleurs, les minéraux alluvionnaires fluviatiles (sauf exceptions remarquables (quelques occurrences d’or, de cinabre, de monazite à Eu)) ne seront pas cités ici : le lecteur est renvoyé au mémoire de GUIGUES et DEVISMES (1969). Les sables lourds des plages qui n’ont pas été envisagés dans ce mémoire seront toutefois examinés ;

– les autres sont involontaires : elles résultent alors, soit d’oublis — et nos collègues minéralogistes auront à cœur de nous les signaler —, soit de l’ignorance où nous sommes encore de la présence d’une minéralisation… que laissent toutefois bien souvent soupçonner les prospections alluvionnaires ou géochimiques (ainsi, par exemple, le district plombifère de l’estuaire de La Rance, à peine entrevu jusqu’à ce jour…). Nous espérons ainsi que, peu à peu, la « liste des indices non décrits ») subira un double destin : de nouveaux gîtes viendront s’ajouter à la séquence déjà longue, mais, en même temps, la poursuite des recherches sur le terrain, puis au laboratoire, permettra une description précise d’occurrences jusqu’alors mal connues qui prendront place ainsi dans le corps de l’ouvrage, ouvrant la voie à une deuxième édition…

Ce long travail d’inventaire n’aurait pas vu le jour sans l’aide efficace de plusieurs géologues parmi lesquels nous voulons citer les membres de la Division minière Vendée-Bretagne du B.R.G.M., et tout particulièrement J. GUIGUES, Y. LULZAC et B. MULOT. Nous voudrions aussi acquitter ici une ancienne dette de reconnaissance envers le Doyen Yves MILON qui, dès le début de nos recherches sur la métallogénie du Massif armoricain — voici plus d’un quart de siècle — nous avait aimablement reçu à l’Institut de géologie de Rennes qu’il avait créé et nous avait donné toutes facilités pour étudier les échantillons de la « Collection KERFORNE », pieusement conservée par ses soins. Nos remerciements s’adressent aussi très vivement à M. THORY, ingénieur aux Mines de Montbelleux : nous l’y avions déjà rencontré lors de notre première visite en 1956 et c’est lui qui nous a guidés à nouveau à partir de 1978, lors de nouvelles recherches…

Pour ceux qui chemineront à notre suite, qu’il nous soit permis de prolonger notre propos sur cette région bretonne par une évocation de Chateaubriand qui repose dans l’îlot du Grand-Bé, « au bord de la mer… tant aimée », devant la « citadelle de granit », où il avait vu le jour : encore « aujourd’hui le pays conserve des traits de son origine : entrecoupé de fossés boisés, il a de loin I'air d’une forêt… des sables de diverses couleurs… des franges d’une écume argentée, dessinent la lisière blonde ou verte des blés… (sous)… les brises qui hébergent dans les golfes »[2]Mémoire d’Outre-tombe

 

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Notes

Notes
1 Au sujet de Bernard Mulot, lire Le Règne Minéral 154 de juillet/août 2020
2 Mémoire d’Outre-tombe

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