Morbihan

Cet inventaire, consacré au Morbihan et publié en 1980, est l’avant-dernière étape bretonne du projet (l’Ille-et-Vilaine ne sera disponible que cinq ans plus tard). Il est dédié à la mémoire de François le Bail, minéralogiste et ancien professeur à l’école « Le Likès » de Quimper, qui avait accompagné l’élaboration des précédents tomes consacrés au Finistère et aux Côtes-du-Nord (lire L’aventure de l’inventaire pour en apprendre davantage sur l’Inventaire minéralogique de la France).

On sent que la structure de l’ouvrage commence à être rodée. Un avant-propos (toujours signé par Louis Chauris) remplace l’introduction qui est maintenant du même acabit que celle d’une notice de carte géologique, plus riche et plus documentée, avec pas moins de sept pages ! S’ensuivent 58 croquis de localisation.

Auteurs :

Roland Pierrot : Service Géologique National, B.R.G.M., Orléans.
Louis Chauris
 : Laboratoire de géologie de l’Université de Bretagne occidentale, Brest.
Claude Laforêt
 : Service géologique national, B.R.G.M. Orléans.
François Pillard : Service Géologique National, B.R.G.M., Orléans.

Avec la collaboration de :

Jean Guigues, Yves Lulzac, Bernard Mulot[1]Au sujet de Bernard Mulot, lire Le Règne Minéral 154 de juillet/août 2020 : Direction des Recherches Minières, Nantes.
François le Bail : Professeur au Likès, Quimper.
Paul Picot : Service Géologique National, B.R.G.M., Orléans.
E. Houdin : Service Géologique National, B.R.G.M., Orléans.
Jean-Louis Travers : Laboratoire de géologie de l’université de Bretagne, Brest.

Parution :
Maison d’édition : Edtions du BRGM
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Extrait :

Avant-propos de Louis Chauris (Brest, 1er novembre 1979) :

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La célébrité minéralogique du Morbihan remonte à une époque lointaine. Peut-on rappeler ici, avec LACROIX, que l’introduction du terme de « macles » — nom donné par les anciens auteurs aux chiastolites — dans la langue héraldique, semble bien tenir à ce que les ROHAN dont les terres renferment le gisement des Salles, les avaient représentées sur leurs armes. La staurotide des environs de Baud, connue sous le nom de « croisette de Bretagne » est répandue dans les collections du monde entier ; l’une des premières descriptions de ce minéral, due au président de ROBIEN, remonte à 1751, et c’est en 1792 que le « schorl cruciforme » de ROME DE L’ISLE, a pris le nom de staurotide. Les cristaux de cassitérite de l’ancienne mine d’étain de La Villeder sont, selon LACROIX, « parmi les plus beaux connus de cette espèce minérale » ; toujours, d’après LACROIX, « les plus beaux cristaux français de béryl » ont été recueillis dans la même mine. Le glaucophane et la chloritoïde de l’île de Groix ont acquis, depuis longtemps, une célébrité internationale. Plus récemment, les gisements d’uranium du massif granitique de Pontivy ont fourni de remarquables échantillons de pechblende sphérolitique (gîte de Quistiav) ; c’est à Kerségalec, dans le même massif, que l’uranosphérite a été, pour la première fois, signalée en France.

L’intérêt minéralogique du département a attiré de nombreux chercheurs. Le premier travail important de minéralogie systématique, publié à Vannes en 1883, est dû au comte DE LIMUR ; ce « catalogue raisonné des minéraux du Morbihan » donne en 112 pages, la description et la localisation succincte de 71 espèces minérales ; mais I’auteur avouait lui-même que « tout est loin d’être encore connu dans (le) département ». La « Minéralogie de la France » par LACROIX, précise et complète le travail du comte DE LIMUR ; les cinq volumes de cette œuvre monumentale (1893 à 1913) fournissent d’excellentes descriptions de plusieurs minéraux du Morbihan (andalousite, staurotide, apatite, béryl, cassitérite…) ; malheureusement, les localisations sont souvent peu précises. La minéralogie morbihannaise marque ensuite un temps d’arrêt. Le renouveau des recherches coïncide avec le développement des prospections minières, voici un quart de siècle (compagnies privées en quête d’uranium, implantation du B.R.G.M.).

Avant 1950, aucun minéral uranifère n’avait encore été décelé ici ; à présent, vingt-quatre espèces, en provenance de multiples occurrences, ont été déterminées ; un premier travail d’ensemble a été publié par KERVELLA, GERMAIN et LE BAIL en 1964. Sous I‘impulsion de J. GUIGUES, chef de la division minière Vendée-Bretagne au B.R.G.M., de 1959 à 1979, les recherches ont pris une ampleur inégalée jusqu’alors, amenant la découverte de nombreux indices. « La prospection minière à la batée dans le Massif armoricain » (GUIGUES et DEVISMES, 1969) constitue un irremplaçable document pour les travaux en cours et à venir. Les recherches de Y. LULZAC, géologue au B.R.G.M., ont considérablement enrichi nos connaissances sur les formations stannowolframifères. Actuellement, te B.R.G.M. poursuit ses prospections sur des occurrences plombozincifères décelées par géochimie, particulièrement autour du granite de Pontivy. Le recensement des anciennes mines de fer a été mené à bien, également au B.R.G.M., par B. MULOT, qui a ainsi complété les travaux de LORIEUX et de DE FOURCY (1848), DAVY (1911), PUSSENAT (1939), GOUIN (1966).

L’île de Groix a, de tout temps, intéressé les minéralogistes ; la note du comte DE LIMUR sur « quelques substances minérales rares dans l’île de Groix » a cent ans (1879). Depuis, plus de 50 publications ont été consacrées — partiellement ou totalement — à cette petite île. L’augmentation récente des notes et mémoires paraît due à l’actualité des problèmes soulevés par les associations minérales observées (signification du métamorphisme de haute pression — basse température [schistes bleus] dans la tectonique des plaques).

Les recherches entreprises depuis plus d’un siècle, auraient pu laisser croire — a priori — qu’à présent, il ne restait plus aux minéralogistes qu’à glaner… En fait, la préparation de l’lnventaire depuis 1975, a révélé que de nombreuses découvertes restaient encore à faire : c’est ce que soulignent, à l’évidence, quelques exemples : à Quistiav, une cinquantaine d’espèces ont été décelées ; à l’île de Groix, plusieurs minéraux de manganèse, encore inconnus dans le Massif armoricain (téphroïte, pyroxmangite, jacobsite) ont été déterminés ; la cyrilovite a été découverte près de Rochefort-en-Terre… Au total, le présent lnventaire donne la description de plus de 200 espèces minérales. Et tout porte à croire que cette liste est très provisoire.

A tous ceux qui prendront la route avec nous — et après nous — pour compléter l’œuvre commencée, rappelons que la minéralogie est une science d’observation dont le but est de mieux saisir la genèse des minéraux et par suite l’histoire de la Terre, non un pillage des sites. Elle doit conduire, naturellement, à admirer, à interpréter, voire à méditer, non à détruire ! Sinon les sites enchanteurs que sont encore les rives de l’Ellé, les estrans du Morbihan et les falaises de Groix, « paradis des minéralogistes » ne seraient plus, bientôt qu’un « paradis perdu ». Voici près d’un siècle, déjà, BARROIT écrivait « Groix est un véritable écrin… les falaises (de l’île) sont formées de gemmes… Mille nuances colorent le tapis où l’on marche ». A nous de préserver de telles richesses.

En écho à notre désir de mieux pénétrer dans les mystères de la Terre, évoquons enfin cette pensée du jeune FLAUBERT, parcourant le Morbihan, en 1847, « par les champs et par les grèves »… « nous étalant dans la nature dans un ébattement plein de délire et de joies, nous regrettions que nos yeux ne puissent aller jusqu’au sein des rochers… pour voir comment poussent les pierres…, que nos oreilles pussent entendre dans la terre la formation des granits… ». Nous serons alors dans l’esprit de notre ami François LE BAIL : professeur de sciences naturelles au Likès de Quimper, il a consacré avec enthousiasme, de longues années de sa vie à la Minéralogie de l’île de Groix, où la mort, soudain, le 13 septembre 1979, l’a conduit du paradis des minéralogistes à I’« autre Paradis ».

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Notes

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1 Au sujet de Bernard Mulot, lire Le Règne Minéral 154 de juillet/août 2020

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