En minéralogie, il faut grossir

Oui oui, vous avez bien lu : il faut grossir. Même beaucoup, parfois. Mais si j’ai pris quelques kilos au fil des années, je ne parle évidemment pas de prendre du poids. Il faut grossir, grandir, ce que l’on voit, ce que l’on collecte. Car en minéralogie, en particulier en microminéralogie, on touche au tout petit, au minuscule, au microscopique même.

A un certain stade, la loupe de terrain[1]Lire l’article Pour ne rien « louper ». ne suffit plus. Il faut grossir bien plus que les x10 suffisants pour échantillonner en bas de la carrière, au milieu de la campagne ou en haut de la montagne. Une fois à la maison, on passe aux choses sérieuses et l’on cherche ce que l’on n’a pas vu à la loupe de poche.

Une loupe binoculaire

Une plus grosse loupe, me direz-vous. Pourquoi pas. Et on arrive très vite à une bien plus grosse loupe. En fait, la plupart des amateurs de minéraux, spécialement les amateurs de micro-minéralogie, s’équipent de loupes binoculaires[2]Ou Stéréomicroscopes — Wikipedia. Une loupe binoculaire permet d’atteindre des grossissements de l’ordre de x20 à x80 assez facilement.

Loupe binoculaire Paralux TP1
Loupe binoculaire Paralux TP1 — x20

Des binos (on dit « bino », pour loupe binoculaire), j’en ai eu plusieurs. D’abord une très simple, avec un grossissement unique de x20, de type « Greenough » (voir plus loin). C’était une Paralux TP1, achetée à l’époque chez Uranie Astronomie, à Vannes (cette boutique extraordinaire n’existe malheureusement plus aujourd’hui). Pas d’éclairage intégré, droite comme un i (il faut se tenir droit ou alors pencher l’instrument, ce que je fais). Super pour débuter. Solide et très simple d’utilisation. Aujourd’hui, c’est ma « bino de voyage », que j’emporte en vacances ou dans mes sorties cailloux. Légère, pas encombrante, elle permet d’affiner le tri dans le coffre de la voiture. Cette loupe binoculaire est le complément idéal de la loupe de terrain pour un second tri, ou encore pour ne pas avoir à attendre d’être à la maison pour admirer ses trouvailles.

Mais attention, vous auriez tort d’imaginer que la bino ne permet que d’obtenir de forts grossissements ! C’est bien plus que ça.

Pour observer confortablement

Imaginez : vous êtes à l’extérieur, il fait 4 °C, il bruine, pas de soleil donc, vous êtes debout dans un éboulis, vous fermez un œil, vous portez votre loupe à l’œil resté ouvert, avec votre main droite, puis vous approchez votre échantillon avec votre main gauche, et là, vous tombez sur un petit cristal ou une couleur qui vous interpelle. Alors que devant votre bino, vous êtes assis au chaud et au sec, les mains libres de manipuler l’échantillon très bien éclairé sous vos deux yeux ouverts avec, pour couronner le tout, un café chaud pas loin.

Une loupe binoculaire, c’est effectivement bien plus qu’un grossissement. Elle permet une vision en relief, importante pour l’observation des détails et des formes. Elle augmente aussi le confort d’observation, non seulement parce qu’observer avec les deux yeux est moins fatigant, mais aussi parce qu’elle permet de libérer les mains qui ont alors la liberté voulue pour manipuler l’échantillon sous les objectifs, et aussi parce qu’il devient possible d’apporter davantage de lumière à l’objet observé. Sans compter que si la cafetière n’est pas loin, c’est royal (passez une matinée dans le vent et la pluie au fond d’une carrière, et le moindre confort, surtout s’il est bien chaud, est un luxe).

Principe de fonctionnement de la loupe binoculaire

Une bino, c’est un principe assez simple : deux objectifs[3]Ou trois, pour les loupes trinoculaires. et deux oculaires. Sur la TP1, chaque objectif fournit un grossissement de x2. Et chaque oculaire, à son tour, fournit un grossissement de x10. Ce qui donne x20 à chaque œil. Certaines loupes binoculaires, à l’aide d’une tourelle rotative (comme celle des microscopes), permettent de varier le grossissement des objectifs, en passant de x2 à x4 en général. Avec des oculaires x10, on passe ainsi de x20 à x40. Et là, vous vous dites que si on remplace les oculaires x10 par des x20, on multiple encore par deux. C’est exactement ça. Mais attention, plus on multiplie, plus on perd en luminosité en en champ de vision. Ça dépend en outre de la qualité de l’instrument et des optiques. Je crois qu’il faut savoir s’arrêter au risque de ne plus pouvoir avoir une image certes très grossie, mais inexploitable.

Zoom zoom zoom

Trinoculaire Müller - x10 - x 80
Trinoculaire Müller — x10 — x 80

Ensuite, j’ai investi dans une bino de type zoom. Toujours de type « Greenough » (pour la décrire rapidement, une loupe binoculaire de ce type a deux tubes optiques, contre un seul tube pour les CMO), le grossissement peut varier, avec des oculaires x10, de x10 à x40. Et avec des oculaires x20 ? eh bien on double la mise mon bon monsieur ! (mais on y voit moins bien).

Trinoculaire Müller - x10 - x 80 - Molette de réglage du zoom (x1 - x4)
Trinoculaire Müller — x10 — x 80 — Molette de réglage du zoom (x1 – x4)

L’intérêt d’une bino « zoom », c’est de pouvoir varier le grossissement simplement en tournant une molette. Dans mon cas, j’ai toutes les possibilités entre x10 et x40. Pas de tourelle, pas besoin de changer d’oculaire. C’est très confortable d’utilisation.

Bon, je n’ai pas vraiment tout dit. Ma bino, ce n’est pas vraiment une bino. C’est une « trino », une loupe trinoculaire. C’est-à-dire qu’elle n’a plus seulement deux tubes optiques (qui vont des deux objectifs aux deux oculaires), mais aussi un troisième qui sert à ceux d’entre nous qui ont un troisième œil…

Trino ?

Trinoculaire Müller - x10 - x 80 -Tube photo
Trinoculaire Müller — x10 — x 80 — Tube photo

Blague à part, ce troisième tube, vertical, sert à venir placer, en guise de troisième œil, un appareil photo, avec l’adaptateur idoine, dans l’axe d’un des deux premiers tubes. Il devient alors possible de renvoyer l’image non plus vers l’œil, mais vers le capteur de l’appareil photo. À partir de là, c’est un monde nouveau qui s’ouvre à nous. Mais ce n’est pas le sujet (la photographie micro est un sujet à part entière, qui va bien au-delà de la présentation de l’équipement « de base » du labo de minéralogiste amateur). Sachez juste que ce tube photo permet de capturer une image de l’objet observé, mais qu’il sera compliqué, voire impossible, de réaliser des images comme celles des magazines (les macrophotographes utilisent d’autres systèmes que les binos pour y parvenir)[4]A ce sujet, je recommande l’excellent ouvrage de Frédéric Labaune et Daniel Nardin La macrophotographie — au-delà du rapport 1:1..

Type de loupe binoculaire : Greenough ou CMO ?

Pour faire simple, une loupe binoculaire de type « Greenough », c’est le modèle le plus simple (le moins cher aussi) qui, grâce à ses deux objectifs, permet, à la manière d’une paire de jumelles, de voir en relief l’objet observé, à l’aide de ses deux yeux. Une CMO, ou « Common Main Objective », ne dispose que d’un seul objectif, plutôt large, qui renvoie l’image vers deux oculaires. Le simple fait de regarder avec les deux yeux fait croire à notre cerveau que l’on voit en relief, alors même qu’un seul œil (l’objectif) regarde l’objet. Il paraît que les CMO sont plus confortables pour une utilisation prolongée. J’imagine que le grand diamètre de son objectif lui permet d’être plus lumineux. Je n’ai jamais eu l’occasion d’en utiliser une plus de quelques minutes, donc je ne sais pas trop (mais je trouve l’instrument très ergonomique, et très beau, ce qui ne gâte rien).

Conclusion

La loupe binoculaire, ou bino, s’avère être un instrument important dans la panoplie de l’amateur de minéraux et du collectionneur. Il faut savoir que la grande majorité des espèces minérales ne sont visibles qu’à l’échelle microscopique (ou proche). Parfois même une bino de base ne suffit pas ! C’est donc un instrument qui permet d’appréhender tout un pan de la minéralogie qui, sans lui, resterait dans l’ombre. Et ce serait dommage, car non seulement grossir permet de contempler des minéraux inobservables autrement, mais aussi et surtout des les voir dans un état proche de la perfection. Je veux dire par là qu’ils ne sont pas abîmés ou altérés, avec des cristaux aux arêtes superbement dessinées. Il ne faut pas se leurrer, hormis dans un contexte d’extraction minière où l’on peut accéder à des minéraux de grande taille et « tout frais »[5]Même là, l’observation minutieuse à la loupe binoculaire permet de regarder au-delà, en deçà devrais-je dire, du bel échantillon macro : il n’est pas rare de découvrir des … Lire la suite, la micro permet d’accéder à des minéralisations parfaites. S’il y a un investissement à faire, c’est celui-là[6]Avant que vous ne me posiez la question sur la loupe binoculaire que je conseille, il faut comprendre que la réponse n’est pas simple. Je tâcherai d’écrire un article documenté sur le sujet..

Et si ces instruments vous intimident, ils font les mêmes pour les filles. La preuve[7]Attention ! Avant de me taxer de sexisme ou de je ne sais quel défaut, je précise qu’il s’agit de second degré ; le travail de cette youtubeuse est tout simplement fantastique. Elle se … Lire la suite :

Notes

Notes
1 Lire l’article Pour ne rien « louper ».
2 Ou Stéréomicroscopes — Wikipedia
3 Ou trois, pour les loupes trinoculaires.
4 A ce sujet, je recommande l’excellent ouvrage de Frédéric Labaune et Daniel Nardin La macrophotographie — au-delà du rapport 1:1.
5 Même là, l’observation minutieuse à la loupe binoculaire permet de regarder au-delà, en deçà devrais-je dire, du bel échantillon macro : il n’est pas rare de découvrir des minéralisations associées de toute beauté et de grande importance, et qu’il serait dommage de faire partir lors d’un nettoyage inapproprié. Je recommande de toujours prendre le temps de passer sous la bino les échantillons macro : on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise.
6 Avant que vous ne me posiez la question sur la loupe binoculaire que je conseille, il faut comprendre que la réponse n’est pas simple. Je tâcherai d’écrire un article documenté sur le sujet.
7 Attention ! Avant de me taxer de sexisme ou de je ne sais quel défaut, je précise qu’il s’agit de second degré ; le travail de cette youtubeuse est tout simplement fantastique. Elle se nomme, de son vrai nom, Valentine Delattre, diplômée en géologie, et elle est certainement folle 🙂 (certains disent même qu’elle lèche les cailloux…). Mais j’adore son travail, trop rare : c’est pédagogique, bien amené, et surtout très drôle. Abonnez-vous à sa chaîne Science de comptoir ! Valentine, s’il te plaît, on en veut encore !

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