Année 2013

Avant le sommaire, j’attire l’attention du lecteur sur l’article monstrueux sur les jacinthes de Compostelle, joli nom pour des quartz bipyramidés, souvent hématoïdes, de loin le plus complet que j’aie jamais lu sur ces quartz diagénétiques (exploration, prospection, collection, analyses, inclusions, etc.). 250 pages pour l’amateur.
Et pendant que j’y suis, j’ai ajouté dans cette page l’éditorial, long, mais pertinent, de César Menor Salván, le rédacteur en chef de ce numéro, sur le collectionnisme et son rôle dans la construction de la connaissance. Je vous invite à en lire ma traduction intégrale plus bas dans cette page.
Au sommaire :
- Le district polymétallique de Huachocolpa, Huancavelica, Pérou / El Distrito Polimetálico de Huachocolpa (Huancavelica, Perú)
Auteurs : Cosme R. PÉREZ-PUIG OBIETA et José A. YPARRAGUIRRE CALDERÓN
Page 1-57
Le présent travail offre une vision globale de la minéralogie descriptive du district minier de Huachocolpa, sur lequel on ne dispose que de très peu de données, en raison du nombre quasi nul de spécimens parvenus jusqu’au marché des minéraux. Sont décrits à la fois les minéraux observables à l’échelle de l’échantillon de main et au microscope, provenant de plusieurs filons minéralisés ainsi que des roches volcaniques dans lesquelles ils sont encaissés. Outre la mine déjà connue de Palomo, l’accent est mis sur les spécimens provenant de la mine Esperanza, où se distinguent la sphalérite, la galène, la stibine et le rare sulfate de Zn, la changoïte.
- La « coeruleolactite » et son rapport avec la série planérite-turquoise. Le cas de la mine Bejanca, Carvalhal do Estanho, centre du Portugal / La « Coeruleolactita » y su relación con la serie Planerita-Turquesa. El caso de la mina Bejanca (Carvalhal do Estanho), centro de Portugal
Auteur : Pedro ALVES
Page 59-71
La « coeruléolactite » a actuellement le statut de minéral discrédité. Sa présence au Portugal est connue dans la mine de W et Sn de Bejanca (Carvalhal do Estanho), dans le centre du pays.
L’étude d’échantillons classés comme « coeruléolactite », provenant de plusieurs localités où elle était mentionnée, a démontré qu’elle est liée à des minéraux du groupe de la turquoise. Dans certains cas, des mélanges hétérogènes composés de crandallite, de variscite et de wavellite ont été observés, mais la tendance est qu’il s’agisse d’un membre de la série planerite-turquoise, avec une prédominance pour la première.
L’objectif de cette note est d’identifier la phase minérale présente dans la mine de Bejanca et, s’il existe un lien avec le groupe de la turquoise, de renforcer l’hypothèse qui les relie.
- Morinite de la mine « Senhora da Assunção », Ferreira de Aves, Viseu, Portugal / Morinita de la mina « Senhora da Assunção », Ferreira de Aves (Viseu, Portugal)
Auteur : Pedro ALVES
Page 73-84
La mine « Senhora da Assunção » est l’une des localités portugaises les plus connues. Sa renommée tient en partie aux imposants cristaux de béryl qui y sont très communs, ainsi qu’aux phosphates d’uranyle (en particulier l’autunite) d’un grand intérêt pour les collectionneurs. Moins connus sont les minéraux de la classe des phosphates qui, sans atteindre le caractère spectaculaire d’autres pegmatites célèbres du Portugal (Bendada, Mangualde), réservent encore quelques bonnes surprises.
La présente note décrit l’identification de la morinite dans cette mine. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une espèce particulièrement rare, il s’agit probablement de sa première mention documentée dans la péninsule Ibérique.
- La kamphaugite-(Y) de Ponteareas, Pontevedra. Nouvelle localité en Espagne / La Kamphaugita-(Y) de Ponteareas (Pontevedra). Nueva localidad en España
Auteurs : Ángel VÁZQUEZ-GONZÁLEZ), Mª Dolores BREA-FERNÁNDEZ et Carlos José RODRÍGUEZ-VÁZQUEZ
Page 85-92
La carrière de Cillarga (Ponteareas, Pontevedra) est une exploitation d’une granodiorite riche en quartz et en albite, valorisée comme matériau de construction en raison de l’abondance de cavités qui la rend impropre à un usage comme granite ornemental. Dans ces cavités, on trouve fréquemment de petits minéraux de terres rares (synchysite-(Ce), allanite-(Ce)…). L’étude de petits hémisphères de teintes claires, de taille inférieure au millimètre et principalement composés de titanite, a permis la découverte de la kamphaugite-(Y) en Galice.
- Les quartz hématoïdes de Compostelle du bassin Mijares-Palancia : Canales-Andilla, Castellón-Valencia, Espagne / Los Jacintos de Compostela del Keuper de la Cuenca Mijares-Palancia: Canales-Andilla (Castellón-Valencia), España
Auteur : Jenaro GIL MARCO
Page 93-347
Les jacinthes de Compostelle de Canales sont connues pour leur taille exceptionnelle. Les quelques spécimens conservés dans les rares collections proviennent du gisement du « Monte Preubas » et, bien que l’existence de ces cristaux soit assez largement connue des spécialistes de la minéralogie valencienne, peu de personnes en connaissent les caractéristiques et peuvent en indiquer le véritable emplacement. Dans le présent travail, les coordonnées de ce gisement important sont déterminées et celles de six autres nouveaux gisements sont également données, offrant une vision d’ensemble des différents types de jacinthes qui apparaissent dans les matériaux du Keuper du bassin Mijares-Palancia. En outre, à partir d’une vaste collection d’échantillons, une description détaillée de ces cristaux a été réalisée en utilisant, entre autres, les techniques suivantes : microscopie électronique à balayage et spectroscopie dispersive en énergie ; microscopie stéréoscopique ; microscopie optique, cette dernière également en combinaison avec l’utilisation de lumière ultraviolette à longue longueur d’onde. Il en ressort la présence d’habitus curieux, de couleurs variées, de fissures internes, de cristaux négatifs, de fantômes, d’iridescences, d’irisations, de bulles, de cavités ; l’inclusion d’autres minéraux, ainsi que de matière organique ; une association très intéressante avec la dolomite ; la découverte de quartz odorants ; et une étude statistique de leurs dimensions a été menée. Les jacinthes de Compostelle du Keuper du bassin Mijares-Palancia sont des jacinthes atypiques, idéales pour l’étude des caractéristiques des quartz authigènes, et constituent une véritable « délicatesse » diagénétique de la minéralogie du Trias supérieur de Castellón.
- Nouvelles données sur les phosphates de Bendada, Sabugal, Portugal / Nuevos datos sobre los fosfatos de Bendada, Sabugal (Portugal)
Auteurs : Pedro ALVES et Stuart MILLS
Page 349-377
Les mines de Bendada, un classique de la minéralogie portugaise, sont reconnues dans le monde entier pour leur paragenèse de phosphates dans des pegmatites granitiques. La localité a été très étudiée en raison du grand intérêt de ses spécimens, qui se caractérisent par la perfection des cristaux et la présence d’une association d’espèces unique.
Les différents cycles d’exploitation minière ont permis l’échantillonnage et l’observation des pegmatites, étudiées depuis les années 1960 du siècle dernier. Un grand nombre de publications sont le résultat de ces collectes, comprenant la description de nouvelles espèces ainsi que des publications topographiques qui ont documenté près d’une centaine d’espèces minérales.
Les travaux miniers les plus récents, réalisés dans la mine Fonte da Cal, ont mis au jour une grande quantité de phosphates témoignant d’une altération supergène. L’échantillonnage et l’étude de ces phosphates ont permis d’identifier un ensemble d’espèces encore non signalées à Bendada, parmi lesquelles se distinguent la matulaïte, la nordgauïte et la krásnoïte.
Exceptionnellement, j’ai traduit l’éditorial[1]de mémoire, je crois que c’est le dernier numéro de la série à proposer un éditorial. Après, ce ne seront plus que des articles., particulièrement long, de ce numéro. Et pour cause, il traite d’un sujet qui me tient à cœur et que j’ai trouvé particulièrement bien amené : celui du « collectionnisme » et de la contribution (tardive dans le cas de l’Espagne) de l’amateur ou collectionneur privé à la science. À lire et à méditer.
ReplierEn défense de la minéralogie amateur
Lire la suiteLes minéraux constituent un ensemble de composés chimiques dotés d’une composition déterminée et d’une structure propre qui les caractérise ; c’est ainsi qu’on les trouve dans la nature. La taille de chaque spécimen minéral individualisé varie généralement de quelques microns à quelques centimètres. Actuellement, leur nombre approximatif s’élève à environ 4 750 espèces, auxquelles s’ajoutent chaque année quelques autres. Lorsqu’apparaît un présumé nouveau minéral, il est étudié de manière exhaustive et le résultat est présenté à l’IMA (International Mineralogical Association, constituée d’un comité international de scientifiques), qui en détermine la validité. En cas d’avis positif, l’acceptation est conditionnée au fait que ces études soient rendues publiques par le biais d’une publication scientifique à impact international.
Les minéraux sont la source des matériaux inorganiques qui nous entourent, exploités dans toutes sortes de mines et de carrières. Évidemment, de ce point de vue, leur étude est indispensable au développement de la vie humaine.
De plus, leur étude est fondamentale en géologie, car leur composition et leurs caractéristiques permettent de connaître l’histoire et l’évolution des roches qui les contiennent et, par conséquent, de la planète sur laquelle nous vivons (une roche n’est rien d’autre qu’une association d’un ou plusieurs minéraux).
Une troisième particularité de certains minéraux est de se présenter dans la nature sous forme d’ensembles d’une grande beauté esthétique, ce qui, depuis l’Antiquité la plus reculée, a fortement attiré l’attention de l’être humain. Ils ont en outre l’avantage, à la différence des végétaux ou des animaux, de se conserver normalement inaltérés dans le temps, s’ils sont correctement protégés des intempéries.
Sous ce dernier aspect, il n’est donc pas exagéré de dire que le collectionnisme de spécimens minéraux, d’un point de vue purement ludique, peut être considéré comme consubstantiel à l’histoire de l’humanité. Les parures paléolithiques connues en témoignent. À cet égard, les études du Dr Casanova, du département de biologie et géologie de l’Université de Valence, sont éclairantes.
Des données sur d’anciennes collections de minéraux rassemblées pour leur beauté intrinsèque ou leur rareté, nous en trouvons partout dans le monde. Avec le temps, ces collections ont constitué le fondement de la création de cabinets et de musées, avec une double dimension : d’une part leur étude scientifique, d’autre part leur simple contemplation pour leur beauté, leur harmonie et leur esthétique. Indubitablement, ce second aspect a fait que les spécimens minéraux ont commencé à acquérir en outre une certaine valeur pécuniaire et, en quelque sorte, grâce à cela, ces exemplaires ont été conservés jusqu’à nos jours.
Dès le XVIe siècle, on a connaissance de transmissions de collections de minéraux réunies par des collectionneurs, amateurs et chercheurs. Les trois groupes fondamentaux qui ont rendu possible que ces collections publiques ou privées parviennent jusqu’à nous afin que nous puissions aujourd’hui les admirer dans presque tous les pays du monde, non pas tant grâce à leur capacité économique qu’au niveau culturel du pays considéré.
Aujourd’hui, l’attrait pour la minéralogie est extrêmement répandu, comme l’atteste le nombre de musées ou d’expositions de toutes sortes où sont habituellement présentés les spécimens les plus remarquables. Il est également notable le nombre de publications, dans bien des cas d’une grande rigueur scientifique, soutenues par d’innombrables associations et clubs d’amateurs de minéralogie, ainsi que par des milliers de forums sur internet consacrés à cette thématique. Enfin, le nombre de collections privées existant est immense, surtout en Europe, en Amérique du Nord et au Japon, grâce auxquelles l’ensemble des spécimens existants, ainsi que ceux qui sont découverts, sont conservés de mieux en mieux. En Europe, il n’existe pas de grande ville qui ne possède pas de bourses internationales de minéraux où il est possible de connaître, contempler, échanger ou acquérir des spécimens minéraux. Ces événements réunissent des milliers de passionnés et d’amateurs de minéralogie, et se tiennent chaque année dans toutes les grandes villes de notre continent : Munich, Berlin, Paris, Zurich, Bruxelles, Vienne, Oslo, Turin, Rome, Bologne, Lyon, etc., pour ne citer que quelques-unes des plus importantes.
L’Espagne, bien qu’avec un certain retard par rapport à l’Europe et à l’Amérique du Nord, a commencé à participer à cette dimension culturelle de la minéralogie au XIXe siècle, lorsque furent créés des musées publics et des collections de minéraux, généralement soutenus par des collèges et des universités, et/ou par des personnes disposant d’un grand pouvoir d’achat et d’un niveau culturel élevé.
Bien que l’essor minier de notre pays à la fin du XIXe siècle et au début du XXe ait été très important, il est frappant de constater le faible nombre de spécimens conservés de cette époque de prospérité minière, bien inférieur à celui des pays de notre entourage. Ce n’est que lorsque des étrangers, dotés d’un niveau culturel plus élevé, commencèrent à inciter les mineurs ou les habitants à sauver les spécimens des concasseurs ou simplement des effets des intempéries, que certains exemplaires remarquables commencèrent à être conservés. Tout cela s’explique par le fait qu’à cette époque, l’Espagne, en règle générale, manquait de cette culture minéralogique et les amateurs de cette thématique étaient pratiquement inexistants. Il est regrettable que même du dernier renouveau de l’activité minière espagnole, dans les années 1940 et 1950 du siècle passé, il ne subsiste pas de spécimens remarquables, témoins de cette richesse. Et cela est dû, sans aucun doute, comme nous l’avons déjà indiqué, au manque de collectionneurs minéralogiques qui auraient pris soin de préserver ces exemplaires qui, malheureusement, furent détruits à jamais dans les moulins et les fonderies minières ou détériorés à l’air libre dans les tranchées et les haldes.
Ce n’est que plus tard, à la fin des années 1970, que commença en Espagne la diffusion massive de la minéralogie vers le grand public, grâce aux expositions minéralogiques à but d’échange ou de vente de minéraux ; c’est alors qu’apparut l’intérêt pour la conservation de ces spécimens minéralogiques, leur collection et leur recherche. Grâce à cela, les spécimens minéralogiques passèrent de mains en mains pour enrichir finalement, dans la majorité des cas, les musées publics déjà existants et, lorsque ce n’était pas le cas, pour permettre la création, à partir de ces collections généreusement données, de nouveaux musées minéralogiques, comme par exemple ceux de Cordoue, Mérida, Aracena, Arenys de Mar, etc. Actuellement, dans de nombreuses villes d’Espagne se tiennent des bourses destinées à l’exposition, l’échange et la vente de minéraux, les plus importantes étant celles de Madrid, Barcelone, Bilbao, Valence, Alicante, Vigo, Castellón, Oviedo, Saragosse, etc. Murcie, grâce à l’effort d’une série d’amateurs et de commerçants, dispose aussi d’une importante bourse internationale de minéraux à La Unión, à laquelle toute personne intéressée par la minéralogie peut assister librement.
Une autre preuve de l’intégration de l’Espagne dans ce courant culturel est l’apparition de livres de vulgarisation en minéralogie, la création de revues spécialisées, dans certains cas d’un très haut niveau international, et surtout la grande éclosion d’associations d’amateurs de minéralogie qui publient les données et les découvertes de multiples gisements de minéraux, ce qui a constitué un apport considérable au patrimoine géologique et culturel de ce pays, encore trop peu connu jusqu’alors. Souvent, des scientifiques espagnols, voire étrangers, bénéficient continuellement de cet acquis culturel pour réaliser à partir de là des études de niveau scientifique plus élevé sur certains minéraux, ce qui n’aurait pas été possible si ces amateurs ne les avaient pas mis sur la piste de tel ou tel nouveau gisement minéralogique ou d’un minéral particulier et étrange. Tout cela au bénéfice de la culture et de la science dans son sens le plus large, en enrichissant notre patrimoine minéralogique. Ne pas reconnaître ce travail, ou malheureusement parfois même tenter de le saboter par des personnes, dans certains cas liées à une université, démontre en plus de leur ingratitude, à tout le moins, une ignorance abyssale de la réalité de l’histoire de la minéralogie universelle et espagnole en particulier.
Il est de notoriété publique l’énorme importance qu’a eue à l’échelle mondiale l’activité minière de Murcie. Cependant, il est paradoxal de constater la rareté des spécimens conservés de l’époque de son apogée minière. Malheureusement, on ne conserve guère d’exemplaires de quelque valeur muséale, que ce soit dans les musées ou les collections publiques ou privées. Ce n’est que depuis quelques années, lorsque l’attrait pour la collection de minéraux s’est accru et grâce aux amateurs de minéralogie qui, par pur altruisme, ont commencé à parcourir et à fouiller les anciennes mines et haldes, que l’on a commencé à connaître les intéressants spécimens minéralogiques de barytes, calcites, galènes, sphalérites, gypse, etc., pour ne citer que quelques-uns des plus caractéristiques de la géologie murcienne. Mais il reste toujours l’amertume de penser que si ces exemplaires ont été trouvés aujourd'hui, alors que l’activité minière murcienne est presque inexistante, combien de spécimens n’auraient-ils pas été sauvés des concasseurs ou des intempéries à l’époque où les mines fonctionnaient à plein rendement, s’il y avait eu des collectionneurs de minéraux ? Mais à cette époque, il n’existait ni la culture ni l’attrait actuels, et personne n’avait intérêt à conserver ou à sauver ces spécimens des processus industriels propres à l’exploitation minière. À la lumière de ce que l’on a découvert aujourd’hui, on peut se demander ce qui n’aurait pas été conservé des cristallisations de soufre de Lorca, des célestines de diverses localités murciennes, des anglésites et cérusites de La Unión, des minéraux secondaires de Mazarrón, etc. Comme il manque quelqu’un qui ait motivé, même financièrement, ces mineurs à conserver les exemplaires minéraux les plus remarquables ! Ou quelqu’un d’amateur — certains collectionneurs — qui aurait été là au moment où l’on ouvrait partout tunnels et tranchées minières, et qui les aurait sauvés des concasseurs ou des intempéries.
Bien qu’il existe des travaux géologiques sur la pétrologie et sur certains gisements miniers murciens, il est vrai qu’il y en a peu, spécifiquement consacrés à la minéralogie de cette communauté, qui méritent vraiment l’attention. Le premier catalogue avec photos de minéraux de la Région de Murcie fut rédigé par des amateurs et collectionneurs de minéraux (Minerales de la Región de Murcia, Muelas et al., 1996), de même qu’un travail monographique sur les mines, minéraux et constructions minières de La Unión (Bocamina, 1996), qui, entre autres choses, posait déjà à l’époque la nécessité de conserver les édifices miniers et, plus généralement, le patrimoine minier, alors pratiquement oublié et abandonné.
Mais ce n’est pas tout. Murcie a l’honneur d’être à jamais associée à trois nouvelles espèces minérales du monde découvertes dans cette communauté (ce qui est méritoire si l’on considère qu’en Espagne on a décrit jusqu’à présent à peine une trentaine de nouvelles espèces). La barahonaïte-(Al) et la barahonaïte-(Fe), noms qui font allusion à M. Barahona, collectionneur et chercheur de minéraux, qui présenta ces minéraux au Dr Viñals (Université de Barcelone) ; celui-ci, avec une équipe de spécialistes espagnols et étrangers, présenta ces minéraux à l’IMA, puis à la communauté scientifique internationale dans The Canadian Mineralogist, en 2008. On peut en dire autant du minéral cobaltarthurite, découvert à Mazarrón dans des circonstances identiques (Jambor et al., 2002). Et c’est que le travail du collectionneur de minéraux est, dans bien des cas, comme ici, irremplaçable dans une première phase de découverte d’une espèce minérale ou d’un gisement, que les scientifiques complèteront ensuite de manière appropriée. Tel est par exemple le cas de la yuanfuliite, deuxième citation mondiale pour ce minéral, récemment signalée dans les anciennes et célèbres mines d’apatite de Jumilla par des amateurs qui attirèrent l’attention sur la possibilité que ce minéral fût nouveau. Peu après, grâce une nouvelle fois au travail des amateurs, on vit l’importance de l’association rare warwickite-yuanfuliite dans les extraordinaires lamproïtes de La Aljorra (Cartagena), dont la minéralogie fait actuellement l’objet d’une étude scientifique, incluant une possible nouvelle espèce minérale. En réalité, de nombreux scientifiques de grand prestige sont passés par ces mines sans remarquer ces cristaux aciculaires, perceptibles seulement à la loupe. Et cela ne doit pas étonner, car en général le scientifique, sauf cas particuliers de thèses doctorales, ne dispose pas du temps nécessaire pour rechercher de manière aussi exhaustive dans chacun des gisements d’une région donnée, ce que peuvent faire les amateurs dont le temps de dévouement n’est pas limité de cette façon.
Il s’agit donc de deux mondes complémentaires unis par le dévouement à la minéralogie depuis deux optiques complémentaires : celui de l’amateur qui peut consacrer ses temps libres et ses vacances à sauver des minéraux des tranchées, des mines et des haldes, pour ensuite les conserver avec grand soin, et celui du scientifique qui fait de cette science son métier quotidien, enseignant ou non, mais qui, pour cette même raison, ne dispose pas du temps libre de l’amateur. Et c’est ce dernier qui, parfois en profitant du travail de l’amateur et en utilisant des techniques de laboratoire sophistiquées, n’existant que dans certaines universités publiques et donc hors de portée du simple amateur, réalise les études et identifications nécessaires qui peuvent ensuite donner lieu à des publications scientifiques de haut niveau.
En résumé
Nous croyons fermement que le travail du collectionnisme privé a été et demeure fondamental pour la connaissance de notre patrimoine géologique, minéralogique et historique minier. Il a apporté d’importantes contributions à la minéralogie et à la connaissance, ainsi qu’à la localisation, de nombreux gisements minéraux alors inconnus.
Le collectif des amateurs, des collectionneurs privés et des associations culturelles minéralogiques constitue un facteur essentiel dans la connaissance, l’enrichissement et la gestion du patrimoine géologique et archéologique-industriel.
Son activité se développe fondamentalement dans des environnements dégradés par l’activité minière ou extractive en général, contribuant à la découverte de structures géologiques mises à nu par ces activités, qui autrement, pourraient passer inaperçues et, ou, malheureusement, être détruites à jamais.
Son activité fondamentale conduit à la récupération de spécimens minéraux pour leur nettoyage, étude, catalogage et appréciation. Les spécimens minéraux, après l’étude du contexte dans lequel ils se trouvent, doivent être extraits et récupérés. Sans cette activité, la perte de ces spécimens serait irréparable, qu’ils disparaissent dans le processus d’extraction mécanisé industriel, ou qu’ils demeurent exposés à l’air libre dans les gisements, ce qui entraîne leur rapide dégradation par altération, et donc leur perte irrémédiable.
Il convient de souligner l’intérêt qui accompagne toujours le collectionneur ou l’amateur à rassembler un maximum de données de terrain sur les échantillons récupérés. Et cela est ainsi parce que précisément ces données, qui peuvent parfois sembler excessivement minutieuses au profane, sont essentielles pour revaloriser chaque spécimen en fonction de son lieu de découverte et pour pouvoir les mettre à disposition des institutions ou des scientifiques.
Pour toutes ces raisons, il est essentiel de soutenir et de diffuser ce collectionnisme, comme cela se fait dans tous les pays culturellement avancés, au travers d’associations culturelles minéralogiques à but non lucratif, de revues de vulgarisation et de bourses-expositions de minéraux comme celles mentionnées. Il faut promouvoir le rapprochement et la collaboration les plus étendus possibles, d’une part entre le monde du collectionnisme minéralogique et des associations culturelles minéralogiques, et d’autre part, les institutions universitaires correspondantes, en unissant les efforts dans l’intérêt d’une meilleure connaissance du patrimoine minéralogique espagnol. Cette union constitue un mouvement appelé science citoyenne : le travail du collectif des amoureux des sciences de la Terre permet d’accomplir une tâche que les scientifiques ne peuvent assumer seuls, en raison de son ampleur et de ses caractéristiques : l'inventaire global et la connaissance précise de la diversité minéralogique.
Enfin, l’activité du collectif des citoyens amateurs, collectionneurs et associations culturelles minéralogiques nous semble essentielle pour encourager et diffuser la culture scientifique sous de nombreux aspects, notamment l’aide à l’étude, à la motivation et à la découverte de vocations pour l’étude des sciences de la Terre à tous les niveaux. C’est en soi une activité éducative constructive et socialement positive. Beaucoup de ces bourses-expositions consacrent des journées aux visites d’écoles, qui viennent généralement accompagnées de leurs enseignants.
Elle favorise en outre le développement de la culture locale, en faisant connaître et en intégrant à ses catalogues touristiques des gisements minéraux, d’anciens environnements miniers et des sites géologiques. Sans son activité, ces éléments seraient restés abandonnés et oubliés. Ces éléments constituent des sources de richesse pour les économies locales, comme dans le cas de Hiendelaencina à Guadalajara, La Unión à Murcie, Río Tinto à Huelva, etc.
Elle favorise également l’activité de vulgarisation des scientifiques qui travaillent dans les sciences de la Terre, en trouvant un public intéressé et réceptif, constituant ainsi un canal de communication sociale entre notre activité scientifique et la société.
Sans oublier que ce collectif de citoyens amateurs, collectionneurs et associations culturelles minéralogiques favorise la croissance et l’amélioration des collections de nos musées, dont les fonds sont alimentés principalement par l’activité du collectionnisme privé.
En conclusion, en tant qu’opinion informée et en tant que professionnels des sciences de la Terre, nous considérons que l’activité du collectionnisme privé et des associations culturelles minéralogiques devrait toujours être soutenue et défendue.
José González del Tánago et César Menor Salván
31 décembre 2013
Notes
| ↑1 | de mémoire, je crois que c’est le dernier numéro de la série à proposer un éditorial. Après, ce ne seront plus que des articles. |
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