Il y a quelques années, en 2023, une nouvelle revue, un magazine, appelez-le comme vous voulez, a fait son apparition dans la presse francophone spécialisée dans les sciences de la Terre : kīpuka. Ces publications se comptent sur les doigts d’une seule main (avec la seconde main, on ajoute les publications en langue étrangère, notamment en anglais), et sont donc suffisamment rares pour être notées. Jusqu’alors, nous avions uniquement LA.V.E.[1]Article à venir, mais l’inventaire est en cours de construction ici., qui fête ses 40 ans cette année, en 2026, mais rien qui ressemble réellement à cette nouvelle revue, dont la vocation de vulgarisation transpire à chaque numéro.

Logo de la revue kīpuka

La vocation de Un caillou dans la poche, vous le savez, c’est la minéralogie, avec beaucoup de géologie. C’est comme ça, c’est mon site, je fais ce que je veux. Évidemment, j’ai lu un certain nombre de livres sur les volcans, et beaucoup sont sur mes étagères (ou sur les étagères des copains à qui je les ai prêtés, je dis ça, je dis rien), et c’est un sujet qui m’intéresse depuis toujours, peut-être même un de ceux qui ont déclenché ma passion pour les sciences de la Terre. Et si j’ai lu de nombreuses revues, celle-ci et d’autres, je n’avais pas encore ajouté kīpuka à mon inventaire. Je répare ça immédiatement.

Dans cet article, je vous invite à découvrir kīpuka, en plongeant littéralement au cœur des cratères pour une exploration fascinante. On va décortiquer une publication indépendante qui bouscule pas mal notre vision classique, et parfois un peu clichée, des volcans. C’est l’occasion de découvrir un projet éditorial vraiment unique. Une revue où la géologie croise l’histoire, l’art et même le vivant : cette revue, c’est kīpuka.

Allez, c’est parti. Au programme de cet article, d’abord, on ira voir au-delà des éruptions. Ensuite, on se posera la question « C’est quoi au juste un kīpuka ? ». On abordera l’approche multidisciplinaire de la revue. On verra pourquoi c’est une ressource précieuse pour tout le monde. Et enfin on finira sur son côté artisanat journalistique.

Au delà des éruptions

kīpuka – automne 2023 – numéro 4
kīpuka – automne 2023 – numéro 4

Quand on pense au mot volcan, on imagine tous un peu la même chose, n’est-ce pas ? La puissance brute, les énormes panaches de cendres, le chaos, les fontaines de lave majestueuse, c’est spectaculaire et c’est tout naturellement ce qui capte notre attention (pour ma part, c’est l’émission Haroun Tazieff raconte sa Terre qui a créé mon premier émoi face à la puissance des volcans, et j’ai eu la chance ensuite de voir le Piton de la Fournaise en éruption de mes yeux). Ces images s’imposent à nous et façonnent presque entièrement notre perception de ce qu’est le volcanisme. Sauf que la réalité de terrain est bien plus nuancée : il y a ce contraste énorme entre le mythe destructeur du volcan qui rase tout sur son passage et la réalité. En fait, ces environnements sont des berceaux de vie. Ils préservent des traces archéologiques inestimables, et ont littéralement façonné l’histoire de nombreuses civilisations. Bref, ce sont des bâtisseurs tout autant que des destructeurs.

Un kīpuka, c’est quoi ?

Ce mot kīpuka, d’où ça sort. C’est un terme hawaïen, si on le décortique un peu, on a le préfixe intensifiant « kī », et « puka » qui veut dire trou. En géologie, ça désigne quelque chose de très précis et de visuellement dingue : un lopin de terre qui s’est retrouvé complètement encerclé par une coulée de lave, mais qui, par miracle, n’a pas été recouvert. Imaginez un instant le contraste visuel depuis le ciel : vous avez un véritable sanctuaire intact, un îlot de végétation d’un vert éclatant, qui survit, là, parfaitement préservé au beau milieu d’un océan de lave noire, froide et figée. C’est comme une bulle coupée du monde, protégée de la dévastation tout autour. Là, la métaphore choisie par le magazine prend tout son sens. N’est-ce pas comme l’explique la déclaration fondatrice de la revue : le projet se voit exactement comme ce phénomène naturel, c’est un kīpuka éditorial, un îlot de journalisme scientifique rigoureux et indépendant, qui résiste dans un océan médiatique parfois inondé par le sensationnalisme, ou la course au clic, souvent au détriment des vrais faits scientifiques.

Une approche multidisciplinaire

kīpuka - hiver 2026 - numéro 13
kīpuka – hiver 2026 – numéro 13

Ce qui est génial avec kīpuka, c’est qu’on ne parle pas uniquement de sismographes, ou de composition des roches, loin de là. Le sommaire propose des rubriques super inattendues. On y parle d’histoire et d’archéologie pour comprendre l’impact des éruptions sur l’humanité, de botanique, de zoologie, des usages pratiques que l’on peut tirer des volcans, et même de la façon dont l’art s’est emparé de ces paysages. C’est vraiment l’intersection de toutes les disciplines (rassurez-vous, les méthodes et les techniques de la volcanologie sont bien sûr abordées).

D’ailleurs, en parlant de biologie, posez-vous la question deux secondes : comment est-ce que la faune parvient à s’adapter et à survivre dans des conditions qui semblent à première vue totalement invivables ? Eh bien, la nature est pleine de ressources. La revue met en lumière des survivants totalement inattendus. Prenez le pika d’Amérique, par exemple, c’est une petite boule de poils des montagnes qui déteste la chaleur. Contre toute attente, il utilise la fraîcheur piégée dans les anfractuosités[2]Je fais mon Maître Capello une minute : le terme « infractuosité » est un barbarisme, il n’existe tout simplement pas en français, ou pas encore, car la langue est vivante. des coulées de lave pour se réfugier. Encore plus fou, il existe des oiseaux du Pacifique qui pondent carrément leurs œufs sous les cendres volcaniques pour utiliser la chaleur de la terre comme un incubateur naturel. C’est de l’ingéniosité à l’état pur. Mais attendez, il n’y a pas que les animaux qui font preuve d’ingéniosité face aux volcans. J’aime beaucoup cette anecdote, tirée de la rubrique « volcans utiles » : en 1917, lors d’une expédition en Alaska menée par le botaniste Robert Fiske Griggs, pour la National Geographic Society, l’équipe s’est retrouvée dans une vallée totalement dévastée sans le moindre bout de bois pour faire du feu. Leur solution ? Utiliser la chaleur résiduelle des fumerolles géothermales comme une gazinière naturelle. Ils y faisaient cuire leur repas sans combustible et sans aucune contamination. Malin (même si ça semble un peu évident).

Une ressource pour tous

Là, on touche au cœur de la mission que se sont donnée les auteurs de la revue. L’idée forte derrière cette publication, c’est de casser la barrière du jargon. Comme le dit très bien son rédacteur en chef, Jean-Marie Prival, le but n’est pas de faire une littérature académique barbante. L’objectif, c’est que ce soit une véritable porte d’entrée pour quiconque s’intéresse à la Terre. C’est pensé pour être une ressource hyper accessible, parfaite pour les esprits curieux, les étudiants en plein apprentissage, et même les établissements scolaires. Concrètement, cette volonté de rendre la science accessible profite à tout le monde. Pour un lycéen ou un étudiant, c’est l’outil idéal pour décoder des phénomènes géologiques de façon limpide sans se prendre la tête. Pour un prof de SVT, c’est une mine d’or d’études de cas et de schémas parfaite pour la classe. Et pour tous les esprits curieux du quotidien, et des lecteurs exigeants, comme moi, c’est juste une lecture passionnante qui mélange les sciences dures avec de belles histoires humaines et artistiques. Bref le savoir est vulgarisé, mais jamais simplifié à l’excès.

Un artisanat journalistique indépendant

Aujourd’hui, ça fait du bien de voir un projet avec une éthique aussi forte. On est sur du 100 % fait main. Les textes sont rédigés par un expert garanti sans une once d’intelligence artificielle. Les sources sont toujours mentionnées, garanties sans hallucinations. C’est l’intellect humain qui prime. En plus, ils ont une vraie démarche éthique et militante. Tout est conçu avec des logiciels libres (c’est bien, ça), et les textes sont sous licence Creative Commons. ça veut dire qu’on encourage le partage de la connaissance de manière non commerciale, une vision que je partage (j’aime partager ; -)). C’est une vraie bulle d’air frais.

Et cette touche humaine, on la ressent à chaque page qu’on tourne. La mise en page est faite de manière artisanale, mais professionnelle, à Clermont-Ferrand, juste à côté des volcans d’Auvergne. Évidemment, ils font même appel à des artistes comme Jeanne Held pour réaliser de superbes dessins à la pierre noire. Et ce n’est pas juste pour faire joli (même si ça l’est, comme ce tout premier dessin du numéro 4, qui avait la saveur de ces dessins naturalistes d’antan, si didactique). Parfois, un dessin hyper précis, dans ce cas pour montrer l’intérieur d’un tunnel de lave, c’est beaucoup plus parlant scientifiquement qu’une simple photo qui serait trop sombre. J’ai eu cet exemplaire entre les mains, et je me suis immédiatement dit que c’était exactement ce qu’il fallait.

En conclusion

Pour conclure cet article, j’aimerais vous laisser sur cette réflexion : si un kīpuka, ce petit bout de terre entouré de magma en fusion, arrive à être un refuge où la faune la flore, et même la culture humaine, prospèrent, imaginez un peu tous les autres mystères géologiques et biologiques qui dorment encore sous nos pieds, dans ces montagnes de feu. Il y a tout un univers qui n’attend que l’étincelle de notre curiosité pour être découvert. Et je me dis que c’est en lisant kīpuka dès sa sortie que je suis sûr de ne rien rater des découvertes à venir. Je sais, ça fait un peu publicitaire, mais je n’ai pas trouvé d’autre formule pour évoquer ce sentiment que j’ai quand je lis le dernier numéro ou lorsque j’attends le prochain (la publication est trimestrielle : c’est long trois mois).


Les pages dédiées à la revue, c’est par là !

  • l’inventaire : kīpuka
  • l’index des articles, en cours de construction : Index
  • l’index des volcans, lui aussi en cours de construction : Index des volcans

Évidemment, si vous avez lu l’article jusqu’au bout, vous avez compris que j’encourage l’abonnement à la revue, non seulement pour ne rien rater, mais aussi pour soutenir une initiative éditoriale qui contribue à la diffusion et à la vulgarisation des sciences avec une éthique clairement assumée sur son fonctionnement et son existence. Alors :

Notes

Notes
1 Article à venir, mais l’inventaire est en cours de construction ici.
2 Je fais mon Maître Capello une minute : le terme « infractuosité » est un barbarisme, il n’existe tout simplement pas en français, ou pas encore, car la langue est vivante.

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